BALDI Jean François

Brève notice biographique

Jean-François BALDI a rejoint en 1998 la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, service du ministère de la Culture et de la Communication chargé notamment de coordonner et d’orienter les politiques publiques visant à garantir l’emploi de la langue française,  à promouvoir son usage et à assurer son enrichissement. 

Il y a occupé les fonctions de chargé de mission pour les affaires juridiques, puis de chef de la mission “Emploi et diffusion de la langue française” tout particulièrement responsable des questions liées à l’emploi du français dans la société et à la mise en place de coopérations internationales.

Depuis 2004, il est Délégué général adjoint à la langue française et aux langues de France,  chargé de la coordination de l’ensemble des missions qui constituent ce service, dans ses différents champs de compétence: emploi et enrichissement de la langue française, promotion des langues régionales, valorisation du plurilinguisme,  sensibilisation et développement des publics…..

Avant 1998, il a exercé différentes responsabilités dans le domaine des politiques de solidarité urbaine et de protection sociale.   

 

Résumé

Langue et territoire : quels enjeux pour une politique linguistique ?

Si, par sa nature immatérielle, une langue se joue des frontières, toute langue a une assise territoriale.

Ce territoire est d’abord en France la nation : comment concevoir la langue française sans son lien organique avec la France et en ignorant le rôle de la langue française dans  la construction de la nation  ? 

En disposant que « La langue de la République est le français », l’article 2 de la Constitution, introduit en 1992, parachève un édifice fondé en 1539  avec l’ordonnance  de Villers-Cotterêts.  Tout comme la République, la langue française a un territoire, et les deux coïncident : tel est le sens profond de cet article.

Cette parfaite identité masque toutefois d’autres réalités qu’une politique publique doit prendre en compte : en France sont ainsi parlées des langues dites régionales depuis plus longtemps que le français. Si on parle de « langues régionales », c’est que celles-ci étaient les langues d’usage de l’ensemble de la société dans une zone donnée, jusqu’à ce que le français s’impose progressivement et qu’elles deviennent minoritaires dans la zone en question.

A côté des langues régionales et des langues étrangères, prennent place des langues non territoriales pratiquées par de nombreux Français, issues d’immigration et donc sans lien avec une aire géographique particulière dans notre pays, mais qui y sont implantées depuis longtemps. Pour autant qu’elles n’aient pas de caractère officiel à l’étranger, ces langues minoritaires dites « non territoriales » forment, avec les langues régionales, ce qu’on appelle les « langues de France ».   

Dans ce paysage national où se croisent statuts et territoires, quelle place la République donne-t-elle à ces langues ? La langue de la République peut-elle coexister avec une République des langues ?  

La France n’est pas le seul territoire du français, et c’est un truisme d’affirmer que le français n’appartient pas qu’à la France. Langue en partage, langue de 84 États et gouvernements dans le monde au terme du XVIme Sommet de la Francophonie les 26 et 27 novembre derniers, il est évident que la politique du français  trouve à s’incarner à grand échelle, même si le français occupe dans ces territoires de la Francophonie dite institutionnelle des positions et des statuts très divers.

Mais tout aussi pourrait-on dire que le français n’appartient pas qu’aux seuls francophones, et qu’il existe une langue française librement choisie par des millions de personnes dans le monde, sur des territoires où le français est une langue étrangère mais où une action d’influence est d’autant plus nécessaire qu’elle est exempte de soupçon colonial.

Dans ce paysage linguistique complexe, l’internationalisation des savoirs, la libéralisation des échanges, le développement exponentiel des réseaux numériques contribuent à dessiner d’autres territoires, en faisant coexister toutes les langues entre elles, et en étant de nature à favoriser les positions dominantes de certaines d’entre elles.

C’est donc cet ensemble complexe d’éléments parfois contradictoires qu’une politique linguistique soucieuse de préserver la diversité linguistique doit prendre en compte.   

Mots clés : langue française, langues régionales, langues de France, francophonie